Le changement climatique déstabilise l’Afrique

Seyni Nafo, porte-parole du groupe Afrique lors de la COP22, ambassadeur de la cause africaine depuis plusieurs années, nous rappelle l’impact du réchauffement climatique et de notre responsabilité : « Alors qu’il n’est responsable que de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, le continent [africain] est la grande victime du réchauffement planétaire. Six des dix pays les plus affectés sont africains et l’on estime que les deux tiers des terres arables seront perdus d’ici à 2025, quand bien même la hausse des températures resterait limitée à 2 °C ».

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Réchauffement climatique globale du dernier siècle.

Après la COP21 et la prise de conscience mondiale des catastrophes naturelles engendrées par le réchauffement climatique, et la volonté de réduire le réchauffement climatique à un seuil de 2°C, la COP22 met en avant l’urgence d’action. Les projets d’énergies renouvelables et de smart grids se multiplient à travers le monde, mais tant que les gouvernements de pays les plus pollueurs ne seront pas bridés sur leur émission de gaz à effet de serre, les scénarios sur le réchauffement climatique continueront à être alarmistes. Faisons un point l’impact du réchauffement climatique sur le continent africain.

L’or Bleu

L’Afrique possède de très grandes inégalités à l’accès à l’eau et l’eau potable. Moins de 10 des 53 pays africains ont rempli les objectifs fixés par l’ONU sur l’accès à l’eau. L’eau potable provoque déjà de nombreux conflits intracommunautaires et cela va s’empirer à cause du réchauffement climatique.

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Le continent africain devrait atteindre deux-milliards d’habitants d’ici 2050 ans et   une naissance sur quatre se produira sur le continent d’ici 2100. Cette forte croissance s’explique par le développement de ces pays émergents équivalant à la révolution industrielle agricole qu’a connu l’Europe. Bien que le cadre de vie s’améliore, les déséquilibres sociétaux s’accroissent entre une population moderne et urbaine et une population pauvre vivant sur les ventes de son agriculture.

L’eau nécessaire à l’agriculture se fera de plus en plus rare. Selon l’UNEP (United Nations Environment Programme), 95% de l’agriculture africaine est basé sur des céréales, gros consommateur d’eau. Cette agriculture, peu adapté au climat changeant souffrira aussi du manque d’eau.

Une simple constatation des glaciers du Kilimandjaro permet de se rendre compte du stress écologique que subit le continent. Le GIEC a estimé qu’en 2003, 82% de la glace qui couronnait la montagne en 1912 a disparu. Ce château d’eau de l’Afrique situé en Tanzanie fournit de l’eau à des millions de personnes. Le stress dû au manque d’eau affectera  aussi la faune et la flore de la région.

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Credit: Mann & Kump, Dire Predictions: Understanding Climate Change, 2nd Edition
© 2015 Pearson Education, Inc.

Les ressources en eau sont principalement liées au climat. Le changement climatique aura un impact sur ces dernières et donc sur le développement des régions. Les programmes devront prendre en compte les populations et communautés, les conséquences écologiques sur la région, les changements de cycle sècheresse/inondations et leur impact à long terme. Ces derniers ne se focalisent pas uniquement sur la distribution de l’or bleu, mais aussi sur l’éducation des populations sur les maladies engendrées par une eau de mauvaise qualité.

 

Impact sur l’agriculture

D’après les rapports de l’ONU, l’agriculture fournit 65% des emplois et contribue à 35% du PIB sur le continent africain. Les  personnes les plus pauvres de la société sont celles qui dépendent le plus de l’agriculture, pour leurs emplois, pour leurs revenus et pour se sustenter.

L’appauvrissement des sols, le réchauffement du climat, la baisse des disponibilités en eau douce, et la croissance démographique et du cadre de vie des habitants exerceront une pression supplémentaire sur un système de production alimentaire déjà fragile. Actuellement, 250 millions d’Africains souffrent de malnutrition, l’estimation de hausse de température de seulement 2°C augmenterait de 25 à 95% le nombre de cas de malnutrition.

L’agriculture souffre aussi de méthodes peu adaptées aux conditions des sols africains. Les cultures exigent de grandes quantités d’engrais et de pesticides, et un approvisionnement en eau souvent peu compatible avec la localisation de la culture. L’une des options à l’adaptation est d’utiliser des systèmes naturels, par exemple des variétés résistantes à la sècheresse, des méthodes de stockage d’eau plus efficaces et des systèmes de rotation culturale variés, d’après l’UNEP.

Les pays africains encouragent les exploitants à abandonner progressivement l’agriculture de rendement. Le Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO)  répond précisément à ces objectifs en s’efforçant de bâtir un système alimentaire suffisamment solide pour nourrir chaque habitant.

Les prévisions de l’ONU concernant les revenus agricoles en 2100 affirment que l’Afrique pourrait perdre entre 6 et 47% de ses revenus agricoles. Cet écart s’explique par cette volonté d’adapter les pratiques et les infrastructures au changement climatique et de mettre à profit les ressources naturelles plutôt que l’importation de produits non résilients. Imposer des processus agricoles industriels pourrait entrainer une hausse du taux de chômage. L’Afrique se doit donc d’adopter de nouvelles approches plus efficaces.

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La  réduction annoncée des surfaces cultivables, couplée à la diminution prévisible des rendements, prépare de futurs conflits sur le continent en cas d’échec d’adaptation ou de programmes trop lents.

Une population en recherche d’avenir

Les émeutes de la faim de 2008 au Sénégal, Cameroun et Burkina Faso montrent à quel point l’équilibre politique et social dans les pays africains est dépendant de l’agriculture et de l’eau. Le changement climatique peut exacerber les problèmes de sécurité nationale et augmenter le nombre de conflits internationaux. Ces derniers, déjà fréquent par rapport aux ethnies, religions ou ressources à forte valeur comme le diamant, s’étendront à cause du manque des ressources de première nécessité.

Les impacts du changement climatique peuvent exacerber les problèmes de sécurité nationale et augmenter le nombre de conflits internationaux. Un accès en continu à des sources d’eau et des produits alimentaires de base revêt une importance cruciale dans de nombreuses régions d’Afrique. Par exemple, des pénuries alimentaires ont déclenché une migration transfrontalière et des conflits à l’origine de l’instabilité politique au Nigéria.

Les migrants environnementaux sont des personnes ou groupes de personnes qui doivent quitter leur domicile pour des raisons liées à un changement environnemental soudain ou progressif influant négativement sur leur vie ou leurs conditions de vie (définition de l’Organisation internationale des migrations). Ces personnes sont contraintes de quitter leur foyer ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, et qui, de ce fait, se déplacent à l’intérieur de leur pays ou en sortent. Cette migration provoque de ce fait une migration de l’impact environnemental de l’homme sur son  nouvel environnement.

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Réintroduire une agriculture durable

Afin de réduire au maximum l’impact du réchauffement climatique en Afrique, il est important d’investir dans sa modernisation des procédés et des infrastructures et de proposer des cultures viables à son environnement. L’utilisation de variétés résistantes à la sècheresse, des méthodes de stockage d’eau et des systèmes de rotation culturale variés et adaptés à l’environnement local pourront réduire fortement les conséquences tragiques du réchauffement climatique.

L’ONU déclare que si les pays africains ont une croissance annuelle de 6% des revenus agricoles, les problèmes de malnutrition pourront être résolus. En Zambie, des méthodes d’agriculture biologique ont enregistré une croissance des rendements allant jusqu’à 60%, augmentant les excédents et le commerce local.

Des précédents montrent qu’il est possible d’accroitre la production agricole dans un contexte de changement climatique. Les analystes considèrent donc que les pays africains devront intégrer ces connaissances à leur planification, et qu’il leur faudra protéger et consolider leurs ressources hydriques, cruciales pour la sécurité alimentaire. Au Burkina Faso, une méthode traditionnelle de restauration des sols, le zaï , a permis de récupérer 200 000 à 300 000 hectares de terres dégradées et de produire 100 000 tonnes de céréales supplémentaires Ce projet est très rentable et son cout est dérisoire voir nul.

Le scénario de 6% n’est donc pas une utopie, mais relève des efforts de chacun. Le monde occidental et oriental doit se focaliser sur une forte baisse des émissions des gaz à effet de serre, et une aide au développement pour le continent africain. Le continent africain doit se réapproprier ses sols et ses techniques agricoles.

Richard Munang, coordonnateur régional pour les changements climatiques pour l’Afrique à l’UNEP, et Jesica Andrews, spécialiste de l’adaptation des écosystèmes pour l’Afrique à l’UNEP,  gardent confiance. Ils déclarent que l’indigence n’est pas une fatalité, car de nombreuses communautés ont déjà commencé à développer une résilience en stimulant les écosystèmes existants et les ressources naturelles disponibles. C’est en mettant en œuvre ces bonnes pratiques et en gérant les effets inévitables du changement climatique de manière appropriée que le continent pourra subvenir à ses besoins alimentaires et en eau.

 

Les gouvernements mondiaux ont placé ces problématiques au cœur des négociations. Un accord international s’annonce complexe, mais indispensable pour la coordination et l’entraide internationale afin de ne pas laisser les pays les plus démunis seuls face aux conséquences du réchauffement climatique. Le réchauffement climatique touche tous les continents, mais on n’est pas tous égaux pour combattre les dégâts occasionnés.

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